
fig. 1
L’Etat italien a donné son accord, par une décision du Conseil des ministres du 31 juillet dernier, à la réalisation d’une centrale géothermique à Castel Giorgio par la société ITW&LKW Italia. Ce serait une installation pilote d’une puissance de 5 MWel. (Voir L’Histoire – en italien).
En Europe il y a des installations géothermiques économiquement intéressantes (fig. 1) en Islande, France, Allemagne, Hongrie, Turquie et Italie.
En Italie, les zones concernées (fig. 2) sont situées surtout en Toscane, à Larderello, où l’énergie géothermique est exploitée depuis plus de cent ans, dans la zone de la vallée de Cecina et du Mont Amiata, au sud dans la zone du Vésuve, et enfin autour du lac de Bolsena.

fig. 2
De fait il y a des demandes de permis pour la recherche et pour l’exploitation de la géothermie dans toute la zone du lac. Sur la figure 3, on peut distinguer les différents projets en fonction de leur état d’avancement. Le plus avancé se situe à Castel Giorgio prêt à démarrer.

fig. 3
La zone concernée à Castel Giorgio est très proche des habitations (fig. 4). Il y a le pôle d’extraction (cercles et symboles orange) du fluide géothermique (eau chaude à environ 130 °C qui contient des gaz dissous et diverses substances nocives du sous sol), et le pôle où l’eau refroidie est réinjectée dans le sous-sol (cercle et symboles bleus). Toute la zone est à la limite du bassin hydrologique du lac (les puits de ré-injection sont même à l’intérieur du bassin du lac). Il y a donc des interactions de toute cette zone avec l’aquifère du lac.
Dans la section verticale (fig. 5), on voit que le lac est latéralement à 6 km de l’installation mais verticalement l’aquifère de surface n’est qu’à quelques centaines de mètres du réservoir géothermique. Le réservoir géothermique est composé de roches perméables qui contiennent dans ses pores, ses anfractuosités et ses vides du fluide géothermique. Il est séparé de l’aquifère du lac par une couche peu perméable plus ancienne (« liguridi ») et une couche plus perméable et plus récente (dépôts néogéniques quaternaires).

fig. 4
Cependant attention: toutes ces couches rocheuses sont traversées par des failles, c’est à dire des points de rupture qui constituent des voies de liaison entre elles. Les failles concentriques témoignent de l’histoire du lac de Bolsena, conséquence de l’écroulement des volcans qui ont créés les cratères du lac. Plus on s’approche du lac et plus les failles sont nombreuses et plus le sous-sol est perturbé. Géologiquement cette zone est caractérisée par un volcanisme « récent » (les dernières éruptions ont eu lieu seulement il y a 100.000 ans) et elle est d’une grande fragilité.

fig. 5
Les conditions de bon fonctionnement de l’installation et de sécurité pour les habitants sont : 1) une séparation parfaite entre le réservoir géothermique et l’aquifère de surface ; 2) la libre circulation du fluide géothermique au sein du réservoir . C’est exactement l’hypothèse à la base du projet présenté par la société en charge de sa réalisation mais ce n’est qu’une hypothèse sans justification scientifique.
En regardant le schéma de la figure 6, on comprend pourquoi les deux conditions citées ci-dessus sont indispensables: le fluide géothermique chaud est extrait, on en retranche ses calories et ensuite, alors refroidi, il est réinjecté dans le réservoir; cependant il doit pouvoir revenir au point d’extraction et se réchauffer à nouveau en chemin. Si cela ne se passe pas ainsi, que le liquide ne revient pas assez vite compléter le volume d’origine, une forte dépression se crée alors au point d’extraction et une surpression au point d’injection avec trois conséquences néfastes: 1) près du point d’extraction la souspression aspire l’eau de l’aquifère à travers les failles ; 2) près du point d’injection, la surpression pousse le fluide géothermique dans l’aquifère et ainsi le contamine 3) les déséquilibres de la pression favorisent des mouvements violents de la roche induisant des tremblements de terre.
Malheureusement la science, et en particulier les travaux de Vignaroli et de ses collaborateurs qui synthétise tous les travaux faits sur la géologie de la zone, démontre en réalité que le sous-sol ne correspond pas à l’hypothèse idéale de la société, mais au contraire que les failles rocheuses facilitent les échanges et les flux verticaux, que le fluide du réservoir ne circule pas librement, et que le réservoir est subdivisé en compartiments faisant obstacle aux flux.
Il est donc clair que (du point de vue scientifique) l’installation présente des risques de tremblements de terre induits, de pollution de la nappe phréatique du lac et de son appauvrissement. Le lac est un site d’intérêt communautaire européen et donc protégé par des lois spécifiques qui imposent l’application du principe de précaution.
La fragilité géologique du sous-sol est attestée par le fait que les tremblements de terre sont à Castel Giorgio de magnitude élevée. La fig. 7 montre les épicentres des mouvements sismiques de 2016 qui traversent la zone où on prévoit de réaliser les puits de réinjection selon la ligne d’une faille active mise en évidence par Buonasorte et. al. en 1988 (*).
Et au cas où se réaliserait l’installation à Castel Giorgio, un autre grave danger menacerait le lac: le transformer en zone industrielle diffuse avec la prolifération programmée de nombreuses centrales thermiques autour de lac.
Nous ne pouvons le laisser faire: la vocation du territoire autour du lac est tout autre. Le lac est un site unique important, précieux, comme il en existe peu en Italie et en Europe, déjà normalement protégé par une réglementation européenne et nationale en tant que réserve de biodiversité et d’eau potable. Nous ne pouvons courir le risque de sa destruction qui serait irrémédiable.
D’ailleurs cela n’en vaudrait pas la peine: l’installation ne produirait que peu d’énergie, avec un taux de rentabilité d’environ 5% (c’est à dire 5% de chaleur est transformée en énergie électrique). Dans notre région, caractérisée par une origine volcanique récente et une fragilité géologique, il y a des alternatives sûres et durables. En voici quelques unes:
- utilisation de la chaleur géothermiques par sonde (échangeurs de chaleur insérés dans des puits profonds)
- panneaux photovoltaïques: il suffit de 10 hectares (environ mille toits couverts de panneaux) pour produire autant d’énergie électrique que la centrale de Castel Giorgio
- mini éoliennes
- économie de l’énergie et optimisation.
* Buonasorte, G., Cataldi, R., Ceccarelli, A., Costantini, A., D’Offizi, S., Lazzarotto, A., et al. (1988). Ricerca ed esplorazione nell’area geotermica di Torre Alfina (Lazio-Umbria). Boll Soc Geol It, 107(2), 265–337.



